Pablo, l’ombre du frère.

Quand Pablo est venu me voir, il allait mal. Célibataire après plusieurs relations désastreuses, miraculé de plusieurs maladies graves qui l’ont fragilisé tant sur le plan physique que psychique, très isolé, avec peu d’amis, il était en outre pris dans un problème d’addiction – peu à peu, Pablo se voyait glisser vers l’alcoolisme et ne savait plus quel sens donner à sa vie. A ce tableau assez sombre, s’ajoutait une relation difficile avec son patron, qui clairement l’exploitait.

Ce genre de cas assez extrême est toujours un challenge, particulièrement en ce qui concerne l’addiction, qui relève de professionnels compétents. Jusqu’à quel point allais-je pouvoir aider?

La structure psychologique

Le thème décrit peu la personne face à moi. En effet, tout ici, en particulier la combinaison Soleil/Lune, indique une grande énergie. Le profil est de type « aller de l’avant », avec une forte composante sociale: Pablo a un énorme besoin d’appréciation sociale, de reconnaissance, d’être apprécié par un cercle social qui lui renvoie une image positive de lui-même. C’est un besoin au coeur de sa personnalité. J’ajoute que pour des raisons astrologiques, que je ne détaillerai pas ici, ce besoin apparaît même comme compulsif, électrique.

En outre, Pablo est quelqu’un de plutôt orgueilleux, pour qui la récompense première dans la vie est une reconnaissance professionnelle qui complaise son ambition. Voilà en vérité la carte astrale d’un homme ambitieux, tourné vers l’appréciation sociale et la reconnaissance. C’est l’exemple type d’une personne qui ne vit pas du tout les besoins contenus dans sa carte, d’où l’énorme frustration et les conséquences qui en découlent.

Alors où se trouve l’écueil?

En face d’une telle carte, et d’un tel décalage, on cherche tout de suite où se fait le blocage, qu’est-ce qui empêche la pleine expression de la personnalité. Ici, Mars, c’est à dire l’énergie combattive, la force virile, le guerrier – qui est dominant dans la carte – se trouve en position difficile, puisqu’en extrême conjonction avec Saturne, le frein, la limite, la restriction, le poids. Dans le même temps, ce même Mars se trouve en tension avec Neptune: l’évasion, le rêve, l’illusion… Nous avons donc d’un côté le frein, de l’autre la dissolution. En dépit des besoins clairement indiqués, nous sommes donc en présence d’une personne qui a un problème d’affirmation de son identité, qui ne sait pas qui il est, s’il est aimable ou non (on lit dans la carte une grande anxiété: « suis-je aimable? »), et qui dilue son anxiété dans l’imaginaire – ce qui correspond bien à la situation: créatif d’une part (architecte d’intérieur), Pablo a aussi, comme je l’ai dit, des problèmes d’addiction. Quand on sait combien par ailleurs le natif a besoin de reconnaissance, on imagine les ravages que peuvent causer une telle configuration.

Le conditionnement parental

L’orientation de la carte, de ce point de vue, donne un profil « unfinished business », ce qui signifie que la personne a vu son développement émotionnel s’arrêter dans l’enfance. Ceci amène toujours bien sûr par la suite des complications: manquant de maturité affective et émotionnelle (l’être reste toujours un peu enfant),  on est amené à connaître – et le plus souvent provoquer – des expériences douloureuses une fois adulte, dont la fonction est de nous faire mûrir. Ici, pas de doute que le développement de l’imaginaire, avec les mécanismes d’échappement afférents (refuge dans l’imaginaire, la créativité, etc…) s’est construit dans l’enfance.

Le thème ici pointe sur un problème précis: la non-reconnaissance de l’identité profonde par au moins un des parents. Comme si Pablo – par ailleurs animé d’un fort besoin de reconnaissance – n’avait pas vraiment existé en tant que tel pour au moins un des parents.

« Certains éléments de votre carte suggèrent que votre enfance n’a pas permis votre plein développement. Peut-on en parler? »

« Vraiment? Cela m’étonne… J’ai eu une enfance normale. Mes parents n’ont jamais connu vraiment de problèmes, même si ma mère est quelque peu difficile » (Pablo m’avouera plus tard, en coaching, qu’il venait de découvrir que ses parents s’étaient apparemment détestés).

 » Et qu’en est-il de votre fratrie? » (Le problème dans la carte pointe en effet du côté des Gémeaux, ce qui peut suggérer une difficulté à cet endroit).

« Mon frère et ma soeur? Non aucun problème… Nous sommes une famille unie. »

« Vraiment, aucune préférence? »

Pablo prend son temps, réfléchit… Puis d’une voix un peu timide:

« En fait, je n’ai jamais connu un de mes frères. Il est mort très peu de temps avant ma naissance… »

Je découvre alors que les parents de Pablo ont perdu un bébé – qui devait être le dernier enfant du couple – et que Pablo est un enfant de remplacement. Il a été conçu tout de suite après ce décès, avec l’objectif de compenser la perte. Pablo l’a su…

En clair, Pablo a vécu avec le fantôme de celui qui aurait du vivre à sa place. Il a toujours vécu avec cette ombre, à ses côtés. C’est son couvercle. Pablo n’aurait pas dû naître: il occupe la place d’un mort.

On comprend tout de suite les implications d’une telle situation: la non reconnaissance de l’identité profonde, un certain attrait pour « le côté obscur »… Le noeud du thème était là, et expliquait le blocage de toute son énergie.

Lorsque je suis arrivé à cette conclusion, avec lui, Pablo s’est levé d’un bond, sous le choc de la révélation. Il n’avait jamais fait le lien, jamais consciemment pensé, adulte, à ce frère décédé, mais des souvenirs lui sont  soudain revenus: demander par exemple à sa mère, alors qu’il avait quatre ou cinq ans,  si son frère avait le même prénom que lui, ce genre de réminiscences qui prouvent bien l’impact de cette histoire sur sa psyché. Et tout à coup, tout a pris sens – même s’il lui a fallu un petit temps de digestion, par la suite, pour pouvoir intégrer cette vérité et ses implications.

Dans les mois qui ont suivi, Pablo a quitté son travail et monté sa société. Sa sexualité a changé et s’est épanouie à nouveau… Et il a commencé à rencontrer ses premiers clients, à signer ses premiers projets. La renaissance avait commencé.

Laurent Botti

5 réactions au sujet de « Pablo, l’ombre du frère. »

  • 26/07/2016 à 19:09
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    Bonsoir Laurent,
    cette histoire de vie m’interpelle et résonne en moi, même si les circonstances sont sensiblement différentes. Aussi je souhaiterais savoir, dans le respect de la confidentialité de votre entretien, si le seul fait d’avoir établi le lien entre cette vérité et son vécu avait suffi à Pablo pour amorcer un changement et s’épanouir enfin ?
    Bien à toi.

    Réponse
    • 29/07/2016 à 18:08
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      Bonjour Navane,
      Oui, nous avons pu amorcer un changement. Dans son cas, la prise de conscience a été violente – cela a été impressionnant, car il s’est vraiment levé d’un bond… Dans les jours qui ont suivi, il a été un peu chamboulé, mais plusieurs éléments sont remontés petit à petit à la surface (l’histoire du prénom par exemple)… Par la suite, je l’ai quand même suivi en coaching pour un travail complémentaire : reconnaissance de son identité propre, de ses qualités, de sa valeur, reconnection avec des émotions positives… Très souvent, la consultation d’astrologie ouvre la porte à un petit suivi, nécessaire pour vraiment évoluer car la il est dur de quitter la zone de confort, il faut donc le faire en douceur.

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  • 30/07/2016 à 08:55
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    Merci Laurent pour ta réponse.
    Tu as une approche très intéressante et qui me parle assez dans le sens où tu ne restes pas au simple constat astro (qui n’est d’ailleurs pas toujours si simple que ça) en mettant en place un suivi plus approfondi souvent nécessaire.

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  • 03/10/2016 à 11:46
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    C’est vraiment un truc de dingue cette histoire.. Je suis estomaché !
    On se rend pas compte à quel point l’enfance a vraiment un poids sur ce que nous sommes aujourd’hui, car on prend ça comme acquis et normal (l’enfant est innocent et les parents sont légitimes sur leur attitude etc), alors que pas du tout!! Les parents sont loin d’être parfait… Je comprends pas comment on peut faire un enfant alors que des parents (l’un ou l’autre) vivent avec des gros mal-être et le reinculquent à leur enfant sans le vouloir..
    Et souvent quand on est à l’âge adulte, on prend pas conscience de toutes ces petites choses (peurs, non-dits, secrets ..) qui nous bloquent et nous empêchent qui on est vraiment.
    Mais bon, l’erreur est humaine et surtout, certains n’ont même pas conscience qui ont de graves souffrances et par fierté, n’iront jamais voir un psy!

    Un cours de psychologie élémentaire devrait être enseigné à l’école à mon avis, parce-que on est tous concerné d’une façon ou d’une autre.

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    • 03/10/2016 à 17:20
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      Bonjour Antonin,
      Merci pour le témoignage,

      Oui nul doute que l’enfance est déterminante dans notre vie et les schémas psychologiques que l’on développe. Si l’on y songe, c’est même cette idée qui est l’origine d’Adam et Eve, et du paradis: c’est parce qu’ils ont fauté qu’ils ont été chassés du jardin d’Eden, et que leur descendance (nous) est condamnée à réparer. Cette histoire ne raconte rien d’autre que le poids de l’héritage parental, symbolique que l’on rencontre dans toutes les mythologies, car elle est évidemment universelle… C’est pourquoi le bras parental – Maison 4/ Maison 10 – est angulaire dans le thème, et que les aspects aux angles sont si importants. Ils font partie intégrante du développement et de la personnalité.

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